Chiffre d’affaires record 2019, climat, environnement, viticulture durable, on fait le point à l’AVC ! !

Photo d’archives

Comme de tradition, le “show” des services techniques du Comité Champagne est parfaitement réglé. Drôle, dynamique, passionnant, l’AVC est une réelle prouesse du genre. Environnement, changements climatiques, viticulture durable, l’Assemblée de l’Association viticole Champenoise (AVC) a permis de faire un large tour d’horizon des grandes préoccupations champenoises. Plus que cela encore, l’AVC a fait le point sur la recherche et les avancées techniques pour que la Champagne entre dans un monde meilleur…le plus rapidement possible. Car c’est bien cela qu’il s’agit. Devant les enjeux qui se profilent, il faut aller vite et bien. On le sait les objectifs sont ambitieux mais obligatoires pour que la Champagne reste toujours et encore la plus belle appellation au monde. Deux d’entre ceux sont d’importance :  Zéro herbicide en 2025 et 100 % des exploitations certifiées en 2030. (près de 8200 ha le sont actuellement).

Bien sûr, le bilan des vendanges 2019 a également été à l’ordre du jour avec un rendement moyen de 11 000 kg/l et une perte de récolte de 11%  due à l’échaudage. De fait, rappelons-le, la température a battu des records de chaleur avec un “42, 9” à Glanes. Du jamais vu…Qui devrait se réitérer voire augmenter ses prochaines années. Là encore, de nombreuses questions se posent sur l’avenir des vendanges en Champagne.

Mais l’AVC serait incomplète sans le discours des deux présidents de l’interprofession, en l’occurrence, Maxime Toubart, président du SGV (Syndicat général des vignerons)  et Jean-Marie Barillère, président de l’UMC (l’Union des Maisons de Champagne).

“La politique du “zéro” ne m’intéresse pas “

En indiquant que le SGV est devenu ” au fil des années un syndicalisme de défense et d’opposition plutôt qu’un syndicalisme de construction” Maxime Toubart dénonce la politique du “double zéro”, celles du “zero traitement” et du “zéro alcool “.  Pointant des doigts la ZNT ( les zones de non-traitement autour des habitations.) en Champagne et ses conséquences (près de mille hectares arrachés) , Maxime Toubart tient à signaler :” ce sont les habitations qui se sont rapprochées de nos vignes, et non l’inverse !“. Si le président du SGV souligne la bonne volonté du bien vivre ensemble et en bonne santé, il se refuse d’entrer dans la démagogie. “La politique du zéro ne m’intéresse pas, je préfère celle de la durabilité, la responsabilité citoyenne et la construction collective.” Pour les enjeux champenois, là encore, le besoin de la recherche est une évidence pour le patron des vignerons, quant au besoin de la réglementation, il faut “qu’elle nous accompagne“.

“Nous devons chercher à atteindre 320 à 330 millions de bouteilles”

Bien sûr, Maxime Toubart a évoqué la baisse des ventes des vignerons en constatant que ” C’est compliqué !, c’est particulièrement compliqué pour le Vignoble ! ” Et s’interroger sur le modèle à suivre : ” j’ai profondément envie d’une champagne permettant la création de richesses et le partage de la valeur ajoutée. Ce sont pour moi des fondamentaux, bien plus que des mots “. Et de mettre en perspective la stratégie de valorisation de ces dernières années et la baisse de volume des expéditions de ces dernières années, ” seul, un raisonnement à court terme peut nous satisfaire de ce mouvement. La valeur et le volume sont complémentaires, indissociables…Les marques qui réussissent allient le volume et la valorisation. Et donc ce n’est pas un modèle à 300 millions de bouteilles et tirant sa croissance d’une unique augmentation du prix de vente que nous devons suivre. Nous devons chercher à atteindre 320 à 330 millions de bouteilles“. Maxime Toubart veut y croire. A ce propos, ce dernier met en avant la campagne de communication lancée par les vignerons en 2018 (lire ici) :” décaler le champagne, modifier les codes, diversifier les moments de consommation…les petits bonheurs du quotidien, pas seulement, les grands bonheurs de la vie, cette campagne est une pierre sur laquelle il faut capitaliser. Et dès 2020, nous continuerons ce projet.” Et de solliciter l’interprofession dans son ensemble : “si cela n’est pas envisageable le syndicat se rapprochera des maisons qui souhaitent y participer. Ce serait dommage. La champagne doit sa réussite à se mobiliser, elle a besoin d’oser ! Osons ! Nous devons nous réinventer “. Et pour ce faire,  “le collectif est la seule réponse possible pour notre modèle champenois“.

Un chiffre d’affaires record ne veut pas dire des résultats records.

Qu’ils soient d’ordre environnementaux ou à l’attention des consommateurs, Jean/Marie Barillère, président de l’Union des maisons de champagne, évoque le besoin d’accélération tout en dressant un exposé sur ‘l’entreprise champagne” : ” L’année 2019 va se terminer. Il est probable, presque certain que nous allons battre notre chiffre d’affaires record ! Nos volumes sont en berne en régression de 2%. Notre chiffre d’affaires est en augmentation de 3% et avoisine les 5 milliards d’euros. Mais la fin d’année peut s’avérer compliqué car la France peut être bloquée à partir du 5 décembre ! “. Cette incertitude pèse sur le marché français, le premier marché de la Champagne. ” ≈”. Pour les USA et la Grande Bretagne, le constat n’est guère enthousiasmant entre les taxes GAFA, le dossier Airbus et le feuilleton Brexit d’autant plus que ce qui est expédié actuellement peut être considéré comme du sur-stockage : ” on n’est pas sûr que cela corresponde à une croissance de ces deux marchés. Mais on va battre des records.” Quant au Japon,  ” Toujours en récession, mais toujours amoureux de nos flacons ! ” . Une année donc mi-figue-mi-raisin, avec un chiffre d’affaires record : “mais n’oublions pas que ce chiffre d’affaires record ne veut pas dire des résultats records. Vendre des bouteilles en Asie coûte nettement plus cher que de vendre en France. Même si le prix de vente augmente, je ne suis pas sûre que le résultat soit positif car les frais commerciaux et marketing ramenés au prix de la bouteille dans ces pays là sont très élevés. Donc attention à une lecture trop rapide ! “.

Inventer le Chardonnay du XXIè siècle

L’excellence du produit reste l’élément majeur pour Jean-Marie Barillère tout comme la transparence des  pratiques. ” Il faut transmettre des informations sur nos produits, notre élaboration et notre histoire aux consommateurs. L’image de notre appellation va être de plus en plus dépendantes des réseaux sociaux moins des prescripteurs habituels “. Et de rappeler que face aux grands enjeux climatiques et environnementaux ” il va falloir nous adapter, innover, en travaillant autrement, peut-être des cépages différents que ceux d’aujourd’hui. Il va falloir inventer notre Chardonnay du XXIè siècle ! “. Comment continuer sur un autre climat ? Jean-Marie Barillère pose des questions sur la société actuelle car “nous devons cultiver autrement. Il est de notre devoir et de notre responsabilité d’apporter les bonnes réponses”. Devant les enjeux sociétaux et politiques : “nous ne devons pas attendre ! ” . Si le plan de filière avec la Région peut être un élément déclenchant pour des aides, Jean-Marie Barillère soutient  ” Nous n’attendons rien de l’Etat, juste une réglementation permettant une transition non pas une obligation brutale!” .  Pour le président des maisons de champagne : ” nous devons aller plus vite plus loin pour rester le meilleur vin effervescent du monde. Ne pas s’engager serait une faute lourde. Le temps presse, la société, nos clients nous attendent sur ces sujets. La première région viticole ne peut pas être absente de ce débat, elle doit montrer la voie et le chemin.

 

 

 

 

 

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