©Michel Jolyot

Trois questions à Eric Potié, Président de la Fédération des coopératives vinicoles de Champagne (FCVC), également 1er vice-président du Centre vinicole -Champagne Nicolas Feuillatte.

Avec le rapprochement du Centre vinicole -Champagne Nicolas Feuillatte (CV-CNF) et de la Coopérative régionale des vins de Champagne (CRVC), quel est l’avenir pour les 140 coopératives de Champagne ?  Entre les petites et les plus importantes, les coopératives sont une force en Champagne, elles regroupent 14 000 vignerons représentant 13. 500 ha sur les 34 300 ha de l’appellation Champagne. Pour celles qui commercialisent sous leur marque, elles ont expédié 27, 4 millions de bouteilles en 2019 (à noter que Nicolas Feuillatte en a expédié 11, 2 millions cette même année).

En tant que président de la Fédération des coopératives vinicoles de la Champagne, que pensez-vous du rapprochement du CV-CNF et de la CRVC ?

Ce sont deux entreprises complémentaires sur de nombreux points, ce rapprochement parait donc naturel et c’est un évènement majeur dans le paysage champenois qui ne peut que renforcer notre tissu coopératif et au-delà renforcer le vignoble dans son ensemble. Ce projet répond à une de nos préoccupations importantes :  développer des marques désirées par le consommateur et ainsi peser sur le marché du Champagne. Depuis le début des années 2010, la baisse des ventes rapide et importante des vignerons ne permet plus aux coopératives de compenser la perte des parts de marché du vignoble. Pour ce faire, il faudrait doubler nos ventes, et cela n’est bien entendu pas envisageable. Il faut donc se donner des moyens différents et envisager des synergies entre les coopératives en fait partie.

En tant que président de la coopération champenoise, je suis donc très heureux de voir se concrétiser un rapprochement de cette envergure et en tant que vigneron champenois, j’y vois aussi l’assurance que le vignoble se structure pour mieux aborder l’avenir.

Sachant qu’il existe près de 140 coopératives en Champagne, comment la coopération champenoise  peut-elle arriver à survivre en ces temps si difficiles (rendements/prix du kilo,/ventes ) ? 

La coopération subit cette crise sans précédent comme tous les autres acteurs champenois. Bien entendu, elle va y survivre, mais chaque entreprise arrive dans la crise avec ses propres forces et faiblesses.  Il n’y a donc pas de réponse générale à cette question. Cependant, cela fait plusieurs années que la Fédération incite les coopératives à se regrouper, et ce notamment en qui concerne les coopératives de pressurage. C’est une vraie piste à travailler et cela d’abord et avant tout dans l’intérêt de nos adhérents qui ont tout à gagner à disposer dans le prolongement de leurs exploitations d’un outil coopératif dynamique qui s’adapte aux nouveaux besoins des exploitants et, qui va ainsi pouvoir continuer à jouer son rôle dans le paysage champenois. Sous une forme différente, sans doute, mais ce n’est pas là le plus important.

Avec près de 14 000 vignerons affiliés à des coopératives en Champagne (70 % des déclarants de récolte), quel est votre ressenti sur l’avenir des coopératives en Champagne

Les besoins des viticulteurs évoluent avec leur temps, mais le choix coopératif est lui intemporel et ainsi résolument moderne. Je suis donc très confiant vis-à-vis du modèle. Notre génération est pour autant une génération charnière où le paysage coopératif va devoir évoluer.

Au niveau local, les coopératives vont devoir se restructurer dans l’objectif de mieux accompagner leurs adhérents. Nous devons être facilitateurs dans la gestion des exploitations de nos associés. Et aucun domaine n’est épargné. Cela va de la prestation de services, aux accompagnements sur le foncier en passant par l’élaboration de cuvées identitaires qui expriment les typicités de nos vignerons, jusqu’à la logistique commerciale. Ce mouvement est amorcé depuis déjà quelques années, il va devoir s’accélérer.  Quant aux synergies commerciales entre coopératives, elles sont pour moi également une évidence pour optimiser nos ventes et leur donner un nouvel élan. Il en va de l’intérêt collectif du vignoble.

 


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