L’annonce de la future fusion de deux poids lourds de la coopération champenoise fait beaucoup parler en Champagne et ailleurs. Dans cette interview, Christophe Juarez, le directeur général du Centre vinicole-Champagne Nicolas Feuillatte, précise la philosophie et les étapes pour mener à bien ce projet et évoque également l’évolution, les positions et les expéditions de la marque Nicolas Feuillatte pendant cette année 2020 si compliquée.
Le CV-CNF (Centre vinicole-Champagne Nicolas Feuillatte) vient d’annoncer son projet de rapprochement de la Coopérative Régionale des Vins de Champagne (C.R.V.C). Plus concrètement, que représente cette annonce ?
Depuis la dernière crise des subprimes de 2008, la Champagne fait face à des mutations profondes, et n’a jamais véritablement repris une croissance durable en volume. La crise sanitaire a amplifié le phénomène et la Coopération doit jouer son rôle d’amortisseur en ces temps perturbés. Les ventes en France baissent régulièrement depuis 10 ans alors que le reste du monde progresse en valeur. Il nous faut structurer notre conquête de marchés plus lointains car ils réclament des moyens puissants que chaque acteur pris individuellement a du mal à orchestrer. Ensemble, plus fort, plus loin avec le vignoble – cela résume bien nos valeurs. Cette annonce est un point de départ, une étape oserai-je dire, sur un parcours durant lequel nous allons consulter nos associés-coopérateurs, consolider nos discussions et évaluer notre capacité à transformer cette vision en une réalité. Ce projet de fusion sera soumis pour approbation en Assemblées Générales Extraordinaires en juin 2021.
Comment avez-vous géré la crise du Covid au sein du CV- CNF à Chouilly durant cette année si particulière ?
Dès l’apparition du virus en Asie, nous nous sommes mis en veille hebdomadaire puis quotidiennement lors des premières alertes sur la circulation du virus dans l’Hexagone. Un groupe de travail piloté par nos responsables du service Qualité Hygiène Sécurité Environnement (QHSE) a anticipé les problématiques et diffusé une information mise à jour au quotidien. Nous nous sommes rapidement équipés en masques et avons fait fabriquer et distribuer à nos adhérents notre gel hydroalcoolique, en association avec la Distillerie Goyard. Nous avons mis en place un protocole extrêmement strict pré et post-confinement pour assurer la santé de tous nos salariés et les rassurer aussi, avec des communications internes régulières. Toutes ces mesures de gestes barrières et de distanciation restent toujours en vigueur, que ce soit dans les bureaux pour ceux qui ne sont pas en télétravail ou sur le site de la Manufacture. Nous n’avons jamais relevé la garde ni imaginé un retour à la normalité.
Avec la crise liée à la pandémie, comment la marque Champagne Nicolas Feuillatte a -t-elle passé et finit-elle l’année 2020 ?
Nous avons plutôt bien résisté au virus ! Le premier trimestre a été très dynamique et a permis d’amortir le choc du premier confinement en HORECA. Nous avons lancé un Blanc de Blancs en édition limitée au Japon. Les pays à Monopole (Canada, Scandinavie), le UK et l’Australie ont continué à bien fonctionner. Nous avons conforté notre position de leader du marché en France et gagné des parts de marché en grande distribution, magasins de proximité, cavistes ou drive. Ce sont surtout les secteurs du travel retail et les pays les plus durement impactés par la pandémie qui sont touchés, comme les États-Unis, l’Allemagne, l’Italie ou même les DOM. Nous finirons l’année conformément aux objectifs révisés en mai dernier, en ligne avec ceux enregistrés par le marché global du champagne*.
Avez-vous trouvé le remplaçant de Laurent Panigai, directeur général adjoint du CV-CNF, parti au SGV ?
Laurent Panigai est toujours en poste et opérationnel jusqu’au 9 janvier 2021, date de son départ. Nous nous donnons le temps de penser à notre future organisation interne.
Avez-vous des projets pour le Champagne Henri Abelé, que le CV-CNF a acheté en 2019 ?
Après une longue phase de diagnostic et de créativité cette année, la maison séculaire va se réinventer au printemps 2021 avec notamment l’éclosion d’un nouvel univers de marque pour cette Belle Endormie.
Cela fait trois ans que vous êtes en Champagne, et vous venez d’être élu Commandeur de l’Ordre des Coteaux de Champagne. Comment appréciez-vous cette reconnaissance de vos pairs ?
C’est une immense fierté de pouvoir être désigné par des pairs et de participer à une œuvre collective qui porte haut les couleurs du vin de Champagne. Nous jouerons collectif avec les illustres anciens Commandeurs auxquels je demanderai à la fois conseil et engagement pour animer la nouvelle dynamique issue des travaux menés par Bruno Paillard. La volonté d’associer Vignoble et Négoce est patente, et allons la transformer en plan d’actions.
*(NDLR : pour l’instant -20/-25%).
Portrait de deux poids-lourds de la Champagne
Centre Vinicole-Champagne Nicolas Feuillatte
L’histoire du Centre Vinicole – Champagne Nicolas Feuillatte (CV-CNF) débute en 1972. A l’origine, il est créé suite à la récolte 1970 pléthorique comme un lieu de stockage de vins clairs rassemblant compétences humaines et techniques de haut vol. Puis vont se croiser la trajectoire de deux hommes qui va changer le destin de cette aventure coopérative : celle d’Henri Macquart, premier Président du Centre Vinicole de la Champagne et celle de Nicolas Feuillatte, homme d’affaires audacieux créateur de la maison éponyme qui la cédera au CV-CNF en 1986.
Devenue marque leader en France et troisième opérateur mondial en volumes, l’Union de coopératives du CV-CNF puise ce succès dans un pacte solidaire unique reposant sur l’animation d’une communauté de 5000 vignerons et de 72 coopératives assurant des approvisionnements de qualité venant de tous les terroirs de l’Appellation (2 100 hectares) et toute une palette de services. Représentant un CA de 212 M€ en 2019 généré par une équipe de 250 personnes, la relation avec l’adhérent est au cœur d’un modèle de développement qui permet de commercialiser sur les cinq continents les récoltes de chaque apporteur. Nicolas Feuillatte est positionné au cœur du marché exécutant une promesse de « luxe accessible » avec deux gammes de cuvées adressant chaque typologie de distribution, le libre accès (grande distribution, proximité, Drive…) ou le conseil (cavistes, sommeliers, influenceurs…). Par croissance externe, le CV-CNF acquiert en 2019 et relance l’une des plus anciennes maisons rémoises, Champagne Henri Abelé, afin de poursuivre son objectif de Premiumisation.
La Coopérative Régionale des Vins de Champagne
Créée en 1962, la Coopérative Régionale des Vins de Champagne (C.R.V.C.) regroupe un collectif d’associés coopérateurs représentant l’ensemble des terroirs de la Champagne. L’origine première de la coopérative fut la mise en commun de moyens de production, regroupés à Reims.
Une fois réalisés les investissements liés à l’élaboration de Champagne, la C.R.V.C. décida de maîtriser pleinement son avenir en créant puis développant une marque de Champagne.
Poursuivant cette démarche tournée vers l’économie de marché, la marque de Castelnau est acquise en 2003. Elle permet dès lors d’ancrer l’histoire d’une marque plus que centenaire à la qualité reconnue de ses grands vins. L’approvisionnement de près de 800 hectares de vigne permet l’élaboration de cuvées d’excellence.
750 vignerons particuliers et 23 coopératives partagent l’esprit de la C.R.V.C. et portent les valeurs de l’économie sociale.
Forte d’un CA de 55 M€ en 2019, la C.R.V.C. a entrepris un développement international avec l’acquisition d’une société de distribution au Royaume -Uni. Elle poursuit la promotion de son territoire viticole et du savoir-faire du métier de vigneron. Castelnau est l’expression de cette dynamique.
Une équipe de 92 salariés accompagne ce développement maintenant ouvert sur un deuxième centenaire.
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