Accueil VIGNOBLE Les trois défis du Syndicat général des vignerons de la Champagne (SGV)

Les trois défis du Syndicat général des vignerons de la Champagne (SGV)

Maxime Toubart lors de l’assemblée générale du Syndicat général des vignerons de la Champagne

« Face à l’adversité, l’histoire de notre appellation nous enseigne que le faire ensemble constitue notre marque de fabrique et forge nos réussites. Au SGV, nous avons confiance dans le collectif. Pour cela, il nous faut affronter plusieurs défis ». Lors de l’assemblée générale du Syndicat général des vignerons de la Champagne (SGV), le président Maxime Toubart, qui débute son quatrième mandat, a lancé des défis aux vignerons champenois dans son rapport d’orientation. Economie, Emploie, Environnement, trois défis à relever pour mieux affronter l’avenir.

Premier défi

Le premier défi, et sans nul doute, le plus important concerne l’économie : « Il conditionne l’avenir de notre filière et du vignoble, je souhaite rappeler nos orientations. Le SGV veut conserver un écosystème équilibré de décisions. Nous avons en mémoire les négociations difficiles entre le vignoble et le négoce en 2020, en pleine crise du Covid« . Et de rappeler la conjoncture de cette année-là : »D’un côté les vignerons soucieux de récolter des raisins en qualité et en quantité et de l’autre des maisons qui doutaient des marchés et ne voulaient plus acheter. Nous avons tous mal vécu ces moments. Nous avons refusé d’être la variable d’ajustement du négoce et menacé de prendre nos responsabilités en proposant seuls un niveau de rendement. Cette prérogative de décider seuls le rendement, nous en disposons en notre qualité d’Organisme de Défense et de Gestion. L’ODG dont on vous parlé dans le rapport d’activité. L’ODG, c’est le SGV, mais l’ODG est au service de toute la Champagne et nous avons agi de manière responsable. Alors, nous avons négocié, fermement, en nous faisant respecter et nous ne le regrettons pas ». Une façon de bien montrer au Négoce que le SGV tient à défendre ses intérêts, toutefois Maxime Toubart souligne également : « Il est important de se projeter et avec une stratégie à moyen terme. Pour cela, nous voulons continuer d’adapter les outils de régulation au profit de la filière, de ses acteurs et les vignerons en font pleinement partie. Avec le changement climatique, la survenance d’aléas météo sera de plus en plus fréquente et les conséquences seront fortes sur la production de raisins. En témoignent les épisodes de gel comme celui de ce week-end et de grêle qui ont fortement affecté la récolte en 2021. Nos rendements agronomiques et notre potentiel de production sont à la baisse. Il nous appartient donc, dans ce contexte, de renforcer nos outils de régulation avec trois enjeux : -satisfaire la demande du marché et des consommateurs, -garantir des revenus stables aux vignerons, -récolter tous les raisins de qualité quand ils sont dans nos vignes. Ce chantier a été ouvert au sein de l’interprofession ». Ainsi une première série de décisions devrait être prise lors du Bureau Exécutif du Comité Champagne au mois de juillet prochain. Notamment sur l’évolution de la réserve.  »Ces propositions nécessiteront une évolution du cadre réglementaire national et donc l’accord des pouvoirs publics. J’en appelle d’ores et déjà aux pouvoirs publics et aux parlementaires pour soutenir ces propositions à venir ».

Pour répondre à ces défis économiques, le SGV souhaite aussi renforcer la place du vignoble dans les ventes de Champagne : « Cet enjeu est bien entendu collectif, car un vignoble qui maintient des parts de marchés significatives sur la vente de bouteilles, c’est aussi la garantie du partage de la valeur sur le prix du kilo de raisin. A côté du négoce, nous avons nos propres atouts pour positionner une offre distinctive, bien valorisée en réponse aux nouvelles attentes d’un marché qui s’élargit. Ces tendances auxquelles le vignoble peut répondre s’inscrivent dans la durée. Le Champagne n’est plus seulement un vin de la fête et des célébrations, il est aussi un vin de gastronomie. C’est une chance unique que nous avons par rapport à de nombreux vins. Mais tout ceci n’est pas le fruit du hasard ». Et de mettre en avant : « Notre stratégie visant à renforcer la désirabilité du vin de Champagne au travers de nos campagnes de promotion et de communication est la bonne. Je sais que les premières campagnes ont pu heurter certains vignerons mais l’objectif premier, celui qui visait à montrer que le vin de Champagne a sa place dans un univers de consommation plus large que celui du « luxe et de l’exception », a fonctionné. C’est un nouveau pas que nous franchissons avec la mise en avant des champagnes de vignerons et des vignerons« . En abordant les besoins des consommateurs, Maxime Toubart reconnaît le travail des vignerons : « je mesure bien les difficultés aujourd’hui d’être présent à la vigne, à la cave, dans son exploitation mais aussi sur les marchés. Et les nombreuses contraintes et normes ne cessent de se renforcer et rendent notre quotidien difficile. Je comprends aussi que dans un contexte de marché et de prix du raisin dynamiques, de nombreuses exploitations veuillent se recentrer sur la production et la vente de raisins au négoce. Le niveau d’engagement, c’est-à-dire le pourcentage de la récolte vendue en direct au négoce, atteint un record inégalé. Il nous faut là aussi nous projeter et penser à moyen terme. C’est l’objet du chantier de soutien à la commercialisation ouvert il y a quelques années par le syndicat. Au-delà de la communication, il vise plus largement à nous professionnaliser en profondeur, à mieux accompagner les vignerons dans le développement de leur commercialisation ».

Deuxième défi

Celui de l’emploi. Avec les difficultés importantes de recrutement rencontrées pendant les vendanges. Mais comme le constate Maxime Toubart : « cela devient malheureusement vrai aussi des autres périodes de l’année. Et nous ne sommes pas la seule filière concernée. Alors oui, c’est vrai que les contraintes administratives et les charges sociales sont trop importantes et les réponses des pouvoirs publics ne sont pas assez satisfaisantes. J’en veux pour preuve l’énergie que nous avons dû employer pour obtenir la possibilité de délivrer un bulletin de salaire unique en cas de contrat court à cheval sur 2 mois. J’en veux pour preuve aussi cette position absurde de l’administration qui remet en cause les dérogations au temps de travail pendant les vendanges et dont la principale préoccupation vise à aligner les règles du code rural sur celles du code de travail… Nous avons été entendus grâce au soutien de nos parlementaires et je les remercie ».Mais il y a d’autres efforts à déployer pour l’emploi : « Nous devons proposer des formations adaptées aux nouveaux besoins du vignoble. Nous devons nous aussi, ensemble, mieux communiquer sur l’attractivité de nos métiers et attirer des jeunes vers nos métiers qui allient ruralité, authenticité et modernité. Il faut apprendre à vendre nos métiers, à l’image de nos efforts pour valoriser nos bouteilles ! Continuons par exemple de mutualiser et développer les groupements d’employeurs et continuons d’adapter certains services du SGV aux besoins des vignerons ».

Troisième défi

Celui de l’Environnement.  Si Maxime Toubart porte l’exemple de la Champagne,  » la Champagne a été pionnière. Le vignoble a déployé de nombreux efforts depuis les années 80 et nous devons poursuivre dans cette voie ». Mais il pointe une certaine  culpabilisation du vignoble avec des accélérations forcenées, »des contraintes réglementaires, déresponsabilisation et induire des chutes vertigineuses de production. Après une campagne très éprouvante, j’ai été à plusieurs reprises interpelé au cours des assemblées régionales sur l’interdiction des herbicides. J’assume le choix que nous avons fait au sein de l’interprofession. Le zéro herbicide en 2025 est un cap que nous avons fixé ensemble et pas une obligation prévue à terme dans le cahier des charges. Pour tenir ce cap, il faut rester volontaristes et pragmatiques. Il n’y a pas une, mais desE bonnes réponses pour tendre vers ce résultat et mieux respecter l’environnement« . Pour le président du SGV, il faut s’appuyer sur la recherche, l’innovation et surtout faire appel à l’intelligence des vignerons pour appliquer des bonnes pratiques :  » C’est ensemble au travers de nos démarches de progrès volontaires et notre cahier des charges que nous avançons. Nous demandons aux pouvoirs publics et aux scientifiques de continuer de prendre leur part de dialogue et d’écoute de proximité sur le terrain afin d’éviter des mesures réglementaires qui placent le vignoble face à des difficultés et des impasse techniques. Pour illustrer cet appel, le nouveau dispositif de Distances de Sécurité Riverains élargi à tous les lieux accueillant des travailleurs réguliers est une nouvelle source d’inquiétudes pour les vignerons. Et pas à cause du nécessaire dialogue avec les riverains et les mairies ! Mais en raison des nombreuses surfaces potentiellement concernées en Champagne par des impasses techniques qui peuvent engendrer comme en 2021 une perte intégrale de la récolte ! Rappelons que les DSR habitations à elles seules concernent plus de 1000 hectares en Champagne« . Des difficultés à produire !  « Notre crainte à terme avec la ré-homologation des produits est de nous voir les interdictions s’étendre et nous courons ce risque avec le cuivre. Dans ce cas-là, ce ne seraient pas des difficultés mais l’impossibilité de produire… Cela ne serait pas acceptable ! Nous avons introduit dans notre cahier des charges la possibilité de planter à partir de 2023 une variété résistante à l’oïdium et au mildiou, le Voltis. C’est un début. La recherche est mobilisée en Champagne au travers notamment du CIVC pour disposer demain d’autres variétés et cépages résistant aux maladies. Autant d’outils supplémentaires pour nous aider à nous adapter au respect de l’environnement et aux contraintes du réchauffement climatique, tout en respectant la typicité des vins de Champagne ». C’est la voie d’avenir mais cela ne peut pas être la seule selon Maxime Toubart : « Pour cela les pouvoirs publics doivent encourager la recherche et l’industrie, mobiliser les moyens avec un tempo réaliste pour permettre de pouvoir continuer à soigner la vigne et adapter le vignoble et ses pratiques. »Les pouvoirs publics doivent aussi et surtout veiller à une application uniforme des règles sur l’ensemble du territoire de l’Union Européenne. L’Europe doit nous faire rêver davantage et ne pas trop souvent se résumer à des normes éloignées de la réalité du terrain. La France, quant à elle doit éviter la  surtransposition réglementaire. Cela ne peut pas se résumer uniquement à de belles paroles au moment des élections présidentielles mais se traduire dans les faits ».


Premier discours de David Chatillon, président de l’Union des Maisons de Champagne 

Ayant pris ses fonctions officiellement il y a quelques jours, David Chatillon, président de l’Union des Maisons de Champagne a donc fait son premier discours lors de l’assemblée générale du SGV devant un parterre de vignerons, un joli baptême de feu. Avec comme volonté, celle de faire partager ses convictions.

 » Ma première conviction, c’est que nous avons une chance folle de vivre dans cette région et de vivre de cette région. Nous bénéficions du travail et des efforts que nos prédécesseurs, que vos parents ont réalisés pour que le champagne soit ce qu’il est aujourd’hui. Nous ne sommes que des passeurs et notre devoir est de poursuivre ce travail et ces efforts parce que le champagne est un vin d’excellence et que l’excellence est une quête sans fin. De la même manière que vous souhaitez transmettre à vos enfants des exploitations florissantes, je souhaite qu’à la fin de mon mandat, on puisse se dire collectivement que la Champagne est encore plus forte et plus désirable qu’aujourd’hui.

Ma deuxième conviction est la suivante : quelle que soit la place de chacun dans le process d’élaboration, n’oublions jamais qui nous nourrit. Je veux bien sûr parler de nos clients et de nos consommateurs. Tout part d’eux. Ce n’est pas si simple à accepter mais nous devons conserver cette humilité qui consiste à admettre que c’est le client qui décide d’acheter ou non et ne pas considérer que s’il n’achète pas ou plus, c’est un crétin qui ne mérite pas nos produits. J’aime bien prendre cet exemple qui fait encore appel à nos prédécesseurs : s’ils avaient considéré il y a 70 ans que le champagne était un vin sucré, une fois pour toute, point final, et bien nous serions moins nombreux à cette Assemblée aujourd’hui. Je n’ai pas dit qu’il fallait remettre en cause tous les matins nos fondamentaux ; je dis qu’il faut être attentif à rester brancher en permanence sur nos consommateurs. Et ce qu’ils attendent aujourd’hui, c’est un produit d’une qualité intrinsèque irréprochable bien sûr mais aussi d’une qualité perçue en termes d’environnement, d’authenticité et de transparence quasi-parfaite. Ce qui ajoute un degré de difficulté, c’est qu’il nous appartient de produire aujourd’hui selon les attentes qui seront celles de nos consommateurs dans trois, cinq ou dix ans quand nos vins seront mis sur le marché. Ce qui nous met évidemment une certaine pression à agir vite.

Ma troisième conviction, c’est que nous avons des atouts exceptionnels : un terroir, une histoire, un patrimoine, une valeur universelle, un savoir-faire, des Marques, des noms et une organisation. Cette organisation ne crée pas de valeur en tant que telle. La création de valeur relève des opérateurs. En revanche, l’interprofession, c’est-à-dire les Vignerons et Maisons réunis, doit poser le cadre d’un environnement favorisant la création de valeur et sa répartition entre les metteurs en marché et les producteurs de raisins. Je veux parler des conditions de production (donc du cahier des charges), de la régulation de la production, de l’organisation de nos marchés internes, de la qualité, de notre ambition écologique, de la réduction de notre impact carbone, de la protection de notre appellation… Au fond, le Comité Champagne, c’est bien plus qu’une organisation ou qu’un organigramme ; c’est une affaire d’hommes et de femmes qui décident de se mettre autour de la table pour convenir ensemble de ce que doit être leur avenir commun. C’est fort… et c’est difficile parce que le monde qui nous entoure incite exactement au contraire, c’est-à- dire à se demander ce que le collectif peut apporter à chacun, plutôt que ce que chacun peut apporter au collectif. Nous devons réaliser cet effort parce que notre interprofession constitue un avantage compétitif certain. A cet égard, j’identifie deux risques majeurs : – Le premier, c’est le risque de désunion entre nous. Nous devons absolument continuer à échanger en permanence, dans nos familles respectives et au Comité Champagne. Evitons les invectives et les déballages sur les réseaux sociaux. Le champagne, c’est moins de 10 % des vins effervescents consommés dans le monde. Nous sommes trop petits pour être divisés. Faisons preuve de bienveillance les uns envers les autres en ayant toujours l’intérêt de la filière dans le viseur. J’étais à Londres récemment pour plusieurs jours. J’ai été très frappé que mes interlocuteurs, qu’ils soient patron de filiales de Maison, acheteurs ou cavistes, me disent : « Vous, les Champenois, vous avez une force unique, vous êtes smart entre vous ». D’autres de me dire : « Le principal risque de la Champagne, ce sont les divisions entre les familles et les générations ». Veillons donc à cultiver notre unité. – Le second risque, il concerne l’équilibre des pouvoirs entre nos deux familles professionnelles. Si cet équilibre est rompu, il n’y a plus d’organisation de filière possible. Nous sommes parfois confrontés à des forces venues de l’extérieur qui viennent fragiliser nos équilibres. Par exemple, et je vous le dis sans aucune intention polémique, il me semble contraire à l’esprit de la Champagne que les missions de l’ODG ne soient pas toutes confiées au Comité Champagne. Qu’on se comprenne bien : pour moi, il ne s’agit en aucun cas d’un enjeu de pouvoirs mais d’une question pragmatique. Par exemple, il me parait de bon sens que les Maisons soient légalement co-décisionnaires avec le SGV des conditions de production fixées par le cahier des charges de l’appellation. Pour une raison simple, qui est l’objet de ma deuxième conviction que j’évoquais à l’instant : nous devons tenir compte des attentes des consommateurs. Se priver de l’expertise des Maisons en la matière, cela ne ressemble pas à ce qu’est l’organisation champenoise depuis son origine. Réunir et faire travailler ensemble, au sein de l’interprofession, la famille qui représente 90 % des exportations de vins et celle qui représente 90 % de la production de raisins, c’est additionner les forces et non pas les opposer.

Ma quatrième conviction tient encore à ces fameux équilibres mais vus sous un autre angle. Par nature, un équilibre est instable. Regardez le funambule, il est en toujours en mouvement. Je ne crois pas que notre équilibre de filière réside dans des pourcentages prédéterminés de surfaces exploitées par les Maisons ou de bouteilles vendues par les Vignerons. Le développement de champagnes de Vignerons bien valorisés sur le marché français et à l’export est une chance immense pour la Champagne. Cela conforte l’appellation et cela contribue à la rendre plus attractive et désirable. De la même manière, il faut entendre que les consommateurs, encore eux, exigent plus que jamais des maisons qu’elles aient une légitimité en termes viticoles, une légitimité accessoire certes mais bien réelle. On attend d’elles un ancrage territorial fort et cela y contribue bien entendu. Nous ne devons pas avoir peur du succès des meilleurs d’entre nous. Leur succès est bon pour la Champagne. Nous avons dans chacune de nos familles de grands talents et nous avons tous collectivement intérêt à ce qu’ils prospèrent. Réjouissons-nous de ce que la Champagne compte autant de talents à son service et réjouissons qu’elle en attire de nouveaux de l’extérieur. C’est un signe de grande vitalité. Je dinais la semaine dernière avec un journaliste gastronomique qui me disait : « La Champagne est un attelage exceptionnel : les Vignerons ont botté le cul des Maisons (je cite) et les Maisons, en se réinventant, continuent de faire rayonner la Champagne ». Je partage à 100 % cette analyse qui est pour moi une illustration parfaite de notre force collective. »