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Première dégustation de Camille (coteaux champenois, un rouge, un blanc) avec Jean-Baptiste Lecaillon à la Maison Roederer)

Première dégustation à demeure des coteaux champenois élaborés par la Maison Roederer avec Jean-Baptiste Lecaillon.  Comme un retour aux sources, remontant les siècles à une époque où la bulle ne régnait pas en maître en Champagne, la maison a décidé de mettre en valeur les coteaux champenois. L’un rouge, l’autre blanc.

On peut considérer que d’une manière générale ce vin a été peu ou prou oublié au profit du champagne par les maisons, hormis bien sûr quelques rares et belles exceptions. Donc quand Roederer décide d’en produire, ce n’est pas une mince affaire. Pas question de profiter de raisins très mûrs d’une parcelle lors d’un millésime solaire pour en tirer quelques bouteilles. Non ! le projet date de 2002 quand l’équipe Roederer décide de planter de la vigne sur le terroir argileux de Mareuil-sur-Aÿ (terre du pinot noir) sur une parcelle nommée Les Charmonts (43 ares) avec comme but : faire un coteau champenois. La vigne bio y est soignée et choyée afin d’obtenir un feuillage fin pour laisser passer la lumière.  Le temps fait son œuvre, et c’est en 2014 que se déroule la première récolte : « le résultat n’était pas satisfaisant. On a recommencé en 2015, 2016 et 2018 » explique le chef de caves, Jean-Baptiste Lecaillon. « Sans cesse sur le métier, remettez votre ouvrage » disait Nicolas Boileau, à raison, puisque c’est donc en 2018 que la récolte est vinifiée. « On veut garder le maximum d’éléments. À l’inverse de la méthode champenoise on garde la jus, la peau, les rafles pour exprimer tout le terroir ». Comme une vinification à la bourguignonne parallèle, mais avec d’autres éléments d’expression. « Nous voulions des extractions délicates pour dégager la douceur et le fruit ». Toutefois, on est en Champagne, et l’assemblage n’est jamais très loin avec cet élevage des vins 40 % en bois neuf, 40 % en cuves inox le reste en amphore. Belle association de matières !  Le résultat est à la hauteur, suave, soyeux et aromatique, le Camille rouge est une magnifique allégorie au vin tranquille de la Champagne.

Un coteau de blanc de Mesnil-sur-Oger

Pour le coteau blanc, c’est à un déjeuner que Jean-Baptiste Lecaillon reçoit une illumination en cherchant à surprendre son invité, il découvre dans les caves de la maison une bouteille de coteau blanc datant de 1962 ! « C’était magnifique ! ». Fort de cette inspiration, c’est au Mesnil-sur-Oger qu’il trouve sa muse, une parcelle du nom de Volibarts (55 ares bio), des vignes bien exposées et la craie dans les sous-sols. Un chardonnay de pure beauté. Là encore, l’élevage réunit le bois, l’inox et l’amphore. Avec une plus forte proportion pour ce dernier contenant (60 %). L’objectif étant de mettre en exergue les fruits de cette parcelle est tenu !  Nous sommes là dans un monde de minéralité, de pureté et de précision.

Si l’on analyse un peu les deux vins, ce sont des vins modernes liés à une consommation d’amateurs éclairés. Il faut également prendre en considération que le champagne n’est pas une fin en soi lorsqu’on possède les terres adéquates et le talent de vinification. Ces deux coteaux le démontrent. On peut également noter qu’il ne s’agit pas d’un ballon d’essai, mais d’une réelle prise de position de la maison puisque d’autres vignes ont été plantées à Mareuil-sur-Aÿ (trois parcelles), à Cumières (une parcelle) et à Dizy (une parcelle) pour l’élaboration d’autres coteaux champenois à destination de la gamme Camille.  Justement pour l’anecdote, Camille est le prénom de l’arrière-grand-mère de Frédéric Rouzaud, actuel président du groupe Roederer. Lors des grands dîners, après le Brut Premier à l’apéritif, puis le Cristal lors du premier plat, elle servait ensuite du coteau champenois à ses convives.

Les deux cuvées sont en édition (très) limitée. 1631 bouteilles pour Camille, coteau champenois rouge, 2880 pour, Camille coteau champenois blanc dont 200 de chaque sont réservés à la maison. J’ai dégusté le numéro 195 pour le rouge et le 15 sur le blanc. Côté prix, elles se commercialisent respectivement à 160 € et 140 €. Je crois qu’elles sont déjà vendues !

À propos de la cuvée Cristal, le millésime 2013 vient d’être commercialisé. Une des dernières vendanges de fin septembre début octobre. J’ai plusieurs fois évoqué cette cuvée au caractère si affirmé. Le millésime 2013 ne déroge pas à la règle. Élaborée avec 60 % de pinots noirs et 40 % de chardonnays, sans fermentation malolactique, vinifié à 30 % sous-bois, elle est dosée à 7, 5 % g/l. On sent la mécanique bien huilée, c’est aromatique tout en restant frais, c’est à boire maintenant ou à garder longtemps, c’est fruité et minéral. C’est rassurant !  Ce côté presque sécurisant se retrouve également avec le Cristal rosé, un élixir enveloppant, tapissant la bouche de ses fruits rouges et ses épices. Avec toujours une belle finale sur la craie.


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