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Vendanges 2021 : « Le bio doit se préparer, doit se vouloir et s’accepter » Jean-Baptiste Lecaillon (Louis Roederer)

©Michael Boudot

Avec la terrible campagne viticole 2021, Mère nature rappelle à chacun que la Champagne est et reste une région septentrionale. Gelées, pluviométrie et grêle font partie du climat entraînant maladies et destructions. Et après trois ans de vendanges à l’état sanitaire parfait ou presque, chacun s’en est souvenu amèrement cette année. Particulièrement chez les bios. Avec les attaques de mildiou, les vignerons bios ont subi un blitz de cette maladie de la vigne… et aucun répit pour les soigner. Pulvérisant les traitements de surface pour sauver leur parcelles entre les fréquents épisodes d’averses, tous sont épuisés et surtout certains ont perdu la quasi-totalité de leurs récoltes. Bien sûr d’aucuns vont me dire qu’il y a la réserve en Champagne, mais cela n’empêche pas que chaque viticulteur voit le travail de toute une année saccagé, un vrai crève-coeur après un printemps et un été éreintant.

Chez Louis Roederer, la plus grande surface certifiée bio de la Champagne (116 hectares), la perte est déjà calculée.   « Cette année nous sommes arrivés à des niveaux de climats extrêmes, des orages qui se sont acharnés sur le même secteur de la vallée de la Marne, de l’Aisne et le point d’orgue final avec celui du 14 juillet sur la Montagne de Reims où l’on a perdu 60 % de la récolte » indique Jean-Baptiste Lecaillon, le chef de caves de la maison. Mais fort heureusement, les orages ne sont pas passés partout. « Sauf sur la Côté des Blancs, qui n’a pas trop souffert où l’on va faire 11 000 / 12 000 kg/ha, et d’ailleurs c’est bien cela qui nous sauve, je pense m’en sortir avec 6 500 kg/ha en moyenne. Si je fais 7 000 kg/ha cette année, je signe tout de suite, cela veut dire que mes équipes auront bien travaillé. On peut également dire que l’expérience paie également. Cela fait 20 ans que l’on fait du bio. Il y a 20 ans je traitais le bio en deux jours, maintenant je le fais en quatre heures ».

« On ne peut pas imaginer faire le plein tous les ans ».

Pour Jean-Baptiste Lecaillon, cette année a été une année « extrêmement » champenoise : « j’utilise le mot “extrême” volontairement, il y a eu des épisodes de gel extrême, de fortes poussées de mildiou, il faut remonter à 1958 pour voir des attaques de mildiou de ce type et même le botrytis pointe le bout de son nez. C’est vrai, nous sommes une région très septentrionale en Champagne. Et puis surtout, on ne peut pas imaginer faire le plein tous les ans ».

Ces épisodes douloureux doivent être la source de discussions et de décisions : « Ils nous font progresser, car nous avons une obligation, celle d’apprendre de nos erreurs et de la difficulté. La vraie leçon, c’est qu’il faut que l’on comprenne ce qui n’a pas été. Le bio, ce n’est pas évident et bien sûr c’est plus compliqué, on sait qu’en bio, ce qui est fragile, c’est le raisin, ce ne sont pas les feuilles. Le bio, c’est difficile, et ce n’est pas du HVE non plus. Ce qui prouve qu’il y a une différence de produits, le bio c’est un choix personnel, non pas une motivation marketing. Le bio doit se préparer, doit se vouloir et s’accepter. Le bio, c’est un risque économique. Il faut l’assumer. Il faut de l’engagement, être présent dans les vignes ». Et lucide d’ajouter : « Il faut avoir les moyens financiers de s’en sortir, mais je pense au jeune qui vient d’être certifié bio, c’est évidemment très compliqué pour lui ».

Chez Roederer, les risques sont partagés : « je verrouille, je fais 50 % en non bio. En Champagne, il y a des terroirs où l’on ne peut pas faire de bio, c’est une perte de temps ! D’ailleurs cette année, je vais regarder dans toutes mes parcelles les analyser et les redéployer de façon différente ». Bien sûr, si on évoque les méthodes culturales, Jean-Baptiste Lecaillon reconnaît : « C’est vrai que le cuivre, c’est un souci,  j’ai conscience que c’est un problème, mais cela fait des siècles que l’on s’en sert. C’est d’ailleurs pour cela que je fais de la biodynamie et non pas seulement du bio. Avec les décoctions et les tisanes, je suis dans la limite des 4 kg. Depuis deux semaines, je pulvérise de l’argile dans les vignes pour maintenir la pourriture et qu’elle ne se développe pas ».

Pourtant Jean-Baptiste Lecaillon constate que, »globalement, les bios s’en sortent mieux que les biocontrôles. Soit on est bio, et quand on est bio on sait qu’il faut prendre des risques, soit on est conventionnel. Il faut choisir son camp ! ».