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AG du Syndicat Général des Vignerons de la Champagne : promesses et projets de Maxime Toubart

AG 2019

L’ Assemblée générale du Syndicat général des vignerons de la Champagne vient de se dérouler. Initialement prévue en avril, elle a été décalée au mois de juin. Cette assemblée a eu lieu en distanciel.

Le traditionnel discours du patron des vignerons est toujours un moment fort de l’AG. Maxime Toubart, président du SGV, y évoque l’année passée, mais également et surtout les grandes décisions et les enjeux impotants à venir pour le vignoble champenois.

Les décisions vendanges 

« Au départ, notre famille avait une vision en forte opposition avec celle du négoce. Certains de ses membres étaient en faveur d’un rendement très bas, trop bas, avec des propositions indécentes. Cela nous a rappelé des périodes difficiles de notre histoire, méconnues des jeunes générations, époque où le négoce dictait unilatéralement ses besoins au vignoble…Nous avons défendu pied à pied un niveau de rendement pour préserver l’équilibre économique de nos exploitations.

Nous avons collectivement tenu bon dans les négociations et réussi à convaincre le négoce que le niveau de rendement devait à minima couvrir les expéditions en 2020. La prise en compte des réalités économiques de nos entreprises viticoles était un préalable de la négociation. Quel constat pouvons-nous porter aujourd’hui sur ces décisions ?

Avec le recul, nous sommes convaincus d’avoir pris les bonnes décisions au sein du Comité Champagne. Notre filière a montré sa capacité de résilience. Nous avons mieux résisté que beaucoup d’autres à la crise et limité les dégâts. Le tout, dans un contexte de quasi fermeture de nombreux lieux de consommation comme les cafés, hôtels et restaurants, l’évènementiel, le commerce de voyage, ou encore le monde de la nuit. Les débats au sein de notre famille ont été très animés, je sais et je comprends la déception, voire la colère de certains. J’ai écouté et j’ai pris en compte ces situations, mais je reste convaincu que notre compromis collectif a été le bon et qu’il préserve notre avenir.

En ce début d’année 2021, nous nous réjouissons de la reprise des marchés et nous espérons que cela se poursuivra dans les prochains mois. Je souhaite que le SGV accompagne cette dynamique de reconquête. Pour autant, il est encore trop tôt pour se prononcer sur le niveau de rendement de la récolte 2021. Les négociations interprofessionnelles débuteront prochainement et nous espérons une décision fin juillet.Nous défendrons avec fermeté les mêmes objectifs qu’en 2020 : assurer un avenir et un équilibre collectif pour la filière Champagne, soutenir l’économie des entreprises, en particulier celles du l’économie doit également prendre en compte les attentes ».

Les démarches environnementales

« Face aux attentes sociétales, nous avons poursuivi nos efforts en faveur de la protection de l’environnement. Nous avons développé des chartes communales sur l’usage des produits de protection des vignes à proximité des habitations afin de favoriser les relations avec les riverains.

Nous progressons sur le chemin de la protection de l’environnement avec désormais plus de 40% des surfaces qui bénéficient d’une reconnaissance environnementale (BIO, Viticulture Durable en Champagne et Haute Valeur Environnementale). Nous devons accélérer ce mouvement pour être au rendez-vous de 2030. Rappelons qu’en 2030, et c’est la loi qui le dit, les exploitations qui ne seront pas certifiées sur le plan environnemental ne pourront plus revendiquer l’AOC. Je félicite les vignerons pour les efforts réalisés et vous encourage à poursuivre. Nous avons besoin de l’engagement de tous. Nos appellations méritent toute notre attention. Il est impératif de prendre en compte les attentes du marché ».

Une appellation en mouvement

« Restons engagés et vigilants, car les AOC de manière générale ne sont plus dans le peloton de tête des labels connus par les consommateurs. Plus grave, des labels comme « Origine France Garantie » incitent plus à l’achat que les signes officiels de qualité et d’origine. Si le champagne reste toujours l’un des vins les plus connus au monde, il ne faut pas s’endormir. Les consommateurs attendent du champagne un instant de plaisir festif et unique, avec une très haute qualité, mais accompagné de nouvelles exigences. Il s’agit de : la préservation de notre environnement, du respect des terroirs, de la mise en valeur de nos paysages avec l’œnotourisme, de la pédagogie et de la transparence sur nos modes de culture et l’élaboration avec un étiquetage informatif, et d’une équité sociale accompagnée d’une juste rémunération des producteurs, une relation humaine, directe et vraie avec un achat en circuits courts.

Pour nous adapter face aux défis de ces attentes sociétales, aux conséquences du changement climatique et aux aléas sanitaires, nous avons ouvert le chantier de modification de notre cahier des charges qui sera soumis au vote du Conseil d’administration fin juillet. L’ambition est claire : préserver l’imaginaire et la promesse exceptionnelle du champagne, sans figer nos pratiques au risque de ne plus pouvoir nous adapter. Là aussi, j’entends les craintes exprimées par certains au vignoble, concernant l’évolution de certaines règles avec la sensation d’y perdre notre âme.

J’ai confiance dans notre capacité à continuer d’évoluer, tous ensemble, comme la Champagne a toujours su le faire depuis plusieurs siècles. Nous pouvons enrichir notre force collective en diversifiant nos pratiques individuelles, en les adaptant à nos exploitations, nos terroirs. Avec notre intelligence collective, elles resteront dans une cohérence « champagne » pour nourrir la très grande gamme de plaisirs attendue de nos consommateurs.

Les principaux points d’évolution, qui sont encore en discussion et que nous allons proposer dans le cahier des charges sont : pour le matériel végétal, l’introduction d’un cépage résistant au mildiou et à l’oïdium : le Voltis, pour la gestion sanitaire du vignoble, l’obligation du traitement à l’eau chaude en prévention de la flavescence dorée, pour répondre à de nouveaux usages de consommation, la possibilité de transvaser dans des contenants de moins de 75 cl, et enfin, l’évolution de nos modes de conduite ».

Les vignes semi-larges (VSL)

« Ce dernier sujet, avec les densités de plantation et en particulier les vignes semi larges, a beaucoup alimenté les discussions, ce dont je me réjouis. En mai et juin, des réunions de terrain ont eu lieu avec une grande satisfaction de se retrouver en présentiel. Chacun a pu s’informer et s’exprimer et les débats ont été très nourris. Je répète à cette occasion :en cas de vote favorable, il ne s’agira que d’une possibilité qui sera laissée à l’appréciation de chaque vigneron et en aucun cas d’une obligation. Que le prix du kilo de raisin ne dépendra pas plus demain qu’hier de la densité de plantation. Il continuera de dépendre de l’équilibre entre l’offre et la demande à une condition : nous devons rester unis au vignoble en organisant l’offre, L’esthétique paysagère de notre appellation ne sera pas dégradée et au contraire notre image pourrait en sortir renforcée notamment sur le plan environnemental, Enfin, la qualité et la typicité de nos vins n’est pas remise en cause. C’est le talent du vigneron  et le terroir qui sont la source  de l’expression qualitative.

Je m’inscris d’ailleurs en faux contre ceux qui alimentent les rumeurs et notamment celle selon laquelle l’objectif caché et final serait celui d’autoriser la machine à vendanger. Je déplore aussi le comportement de certains qui ne veulent pas laisser de la place au débat. Je retiens surtout la présence et le témoignage de nombreux vignerons qui ont fait preuve d’écoute et de participation. C’est l’expression d’une appellation qui appartient à tous et qui souligne la nécessité pour chacun de construire l’avenir.

Le dossier des vignes semi larges est ouvert depuis plus de 20 ans au travers d’une expérimentation qui a été confiée au Comité Champagne et il est temps de décider. Quel que soit la décision, en tant que co-président, je remercie les équipes techniques du Comité et je salue la rigueur et la qualité du travail réalisé. Le calendrier que nous nous sommes fixés sera respecté. Nous avons reporté le vote du Conseil d’administration initialement prévu en mars pour pouvoir laisser l’occasion à chacun de s’informer et s’exprimer. Il appartient désormais à vos administrateurs de se prononcer en juillet en leur qualité de représentant de l’appellation. En adoptant avec discernement des transformations en lien avec les attentes de nos consommateurs, j’ai la conviction que cela contribuera à l’avenir de nos exploitations. Ces évolutions s’inscrivent dans un contexte où il nous faut désormais communiquer davantage ».

Un modèle d’organisation de filière à préserver 

 « Sur le plan politique au niveau national, le SGV s’est fortement impliqué au travers des organisations comme la CNAOC (confédération nationale des AOC) et au niveau européen avec notre fédération européenne dans les discussions sur la réforme de la PAC pour le maintien d’outils de régulation. Cette mobilisation du SGV a porté ses fruits puisque la régulation des plantations est prolongée jusqu’en 2045.  Tout le monde nous envie aujourd’hui, en particulier pour notre réserve qui nous permet de réguler les marchés mais aussi de faire face aux aléas climatiques, comme les gelées.

Ce dispositif devra être accompagné par d’autres outils au niveau national. Nous reviendrons vers vous dans quelques jours pour vous présenter les mesures mises en place par le gouvernement. Nous disposons aujourd’hui d’une panoplie de moyens qui nous permettent de réguler notre filière et d’amortir les effets de la crise : la régulation de la production au travers de la régulation des plantations et de la fixation des rendements, la régulation des marchés au travers de notre système de réserve, Et, ne l’oublions pas, une connaissance et un suivi économique très pointu au travers du tableau de bord de la filière de notre interprofession.

Nous disposons aussi au travers de nos accords interprofessionnels d’outils qui nous permettent de réguler les délais de paiement et de déroger au droit commun. Sans renter dans le détail, cette organisation qui nous convient à tous est actuellement remise en cause. Ce qui est adapté à d’autres secteurs de l’économie ne l’est pas forcément pour la filière champagne qui a su depuis très longtemps construire son modèle. Nous sommes mobilisés jusqu’au Conseil des Ministres de la fin du mois de juin pour maintenir notre capacité de déroger aux délais de paiement légaux sur les vins qui représentent un enjeu majeur pour le champagne.

J’ai eu l’occasion, il y a quelques jours, de m’exprimer devant des hauts fonctionnaires de la Commission Européenne sur l’intérêt de ces délais de paiement dérogatoires pour le bénéfice des vignerons. L’enjeu est de répondre aux besoins de trésorerie de nos exploitations et des maisons, de maintenir une activité de vinification au vignoble, et une pluralité d’acteurs au négoce. Sinon, le danger est de franchir un nouveau pas vers l’intégration.

Le rôle du SGV est de rester vigilant au niveau européen pour préserver notre modèle champenois. Il fonctionne bien, sans recours à l’argent du contribuable via les subventions, comme les primes d’arrachage ou l’aide à la distillation. Saluons aussi le soutien des régions Grand-Est et Hauts de France pour leur accompagnement que je remercie.

Le SGV doit être écouté, car via notre organisation interprofessionnelle et notre action politique nous contribuons fortement au budget de l’Etat et de la France. Et nous sommes très souvent cités en exemple sur notre capacité de résilience. Alors, je le dis solennellement aux pouvoirs publics et aux élus, ne remettez pas en cause ce qui marche, soutenez-nous et veillez à défendre notre modèle d’organisation à Paris et à Bruxelles ! ».

Les perspectives d’avenir  

« Je connais l’immensité de la tâche, les fragilités et les blessures, mais je vois aussi l’énergie mobilisée. Elle est considérable et source d’espoir. J’ai confiance dans le SGV et sa transformation. Pour cela, Mobilisons-nous, ensemble, autour d’une même vision afin de : garantir un avenir à tous les vignerons, permettant de vivre de notre métier, de nous professionnaliser, de sécuriser notre foncier et pouvoir le transmettre, innover dans le respect de la tradition, en nous adaptant aux nouveaux usages de nos consommateurs, conforter l’image du « roi des vins » et développer la place de vignerons qui commercialisent, rendre la Champagne durablement propre. Notre vision est portée par une ambition : celle d’être un leader, un acteur politique d’influence, respecté et reconnu dans la gestion et le pilotage du champagne. Notre ambition est que cette puissance soit au service de tous nos adhérents. Avec une finalité, bâtie autour d’un vignoble fort de sa diversité, uni par la passion de ses métiers, l’exigence de l’excellence de ses raisins, de ses vins et de ses terroirs.

Restons mobilisés tous ensemble et je le redis, n’ayons pas peur du changement ! Ne relâchons pas nos efforts et rendons possible le rêve d’un grand et d’une grande Champagne pour les prochaines décennies. Avec tout le vignoble uni autour du SGV ! »

-à noter que dans son discours Maxime Toubart a évoqué la nouvelle campagne de communication de la marque Champagne de vignerons. Un sujet évoqué sur mon site le 10 juin dernier (lire ici)

 


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