Première assemblée générale de l’année avec l‘Union Champagne. C’est la grande coopérative de la Côte des Blancs qui traditionnellement ouvre le ban des AG en Champagne. Comme l’exige cette triste période, il s’agit d’une assemblée en visioconférence. Mais on ne se soustrait pas aux habitudes ! Ainsi  l’un des moments forts attendus de ces allocutions est celle du discours du président de l’Union Champagne et ses souhaits pour les prochains rendements à la vendange. Ne dérogeant pas à la règle, Dominique Babé les a annoncés :  « J’imagine les sorties de 2021 entre 240 et 260 millions de bouteilles ce qui pourrait permettre un rendement de 9000 kg/ha. Cela permettrait à nos exploitations de retrouver un peu de souffle, à notre structure Union Champagne d’avoir une activité plus conforme à son outil de production et à tous les secteurs connexes indispensables à nos besoins, un regain d’activité« . Dont acte.

La vision générale de Dominique Babé

« Si une baisse de 20% des ventes est une véritable catastrophe économique, on peut considérer le bilan comme mi-figue mi-raisin. En effet, certains pessimistes estimaient les pertes à 30 ou 35%. Alors disons que – 20% dans les conditions sanitaires du moment ce n’est pas si mal que cela. Personnellement, je suis optimiste, ça reprendra Nous devons nous serrer les coudes et être conscients que la remontée sera progressive. Il convient donc d’adapter nos structures à la nouvelle donne économique. On le voit, des changements importants dans le paysage champenois se profilent. Toutes les familles de la Champagne doivent être solidaires et se comprendre pour passer au mieux cet épisode sanitaire et ses conséquences.

L’idée de couvrir les sorties par le nouvelle récolte est pour moi une obligation. Cela permet d’avoir une production qui correspond aux ventes. En ces périodes où chacun essaie de parfaire ses résultats, c’est une donnée qui doit être partagée par tous ».

Résultats

Le budget prévisionnel, avec des prestations basées sur un rendement de 10 200 kg/hectare et des ventes aux environs de 1 million de bouteilles, laissait augurer un résultat aux environs de 3.5 millions d’euros. L’arrivée de la COVID 19 a tout bloqué. La maison a fermé presque deux mois, l’activité de tirage s’est décalée pour se terminer sur l’exercice futur. Le commerce s’est arrêté. « Le résultat est donc proche des 2 millions d’euros et l’on peut dire que si l’on est éloigné des prévisions, on est quand même satisfaits au vu de la situation sanitaire mondiale et de ses conséquences économiques induites. Les ventes sur l’exercice ont baissé de 150 000 bouteilles ce qui nous a obligés à revoir nos tirages à la baisse pour éviter les surstocks de bouteilles« . Le résultat net de l’exercice se monte à 1, 9 millions d’euros.

Activités et pandémie

L’évolution rapide de la pandémie  a obligés l’Union Champagne à des prises de positions fortes avec peu de temps de réflexion : « Mi-mars, nous avons donc fermé la maison en mettant  l’activité  en  standby  pour  garantir la sécurité des salariés. Puis début mai, le travail a repris par étape. Le télétravail a été mis en place pour les collaborateurs concernés« . À cela, Dominique Babé indique : « nous avons proposé aux 2200 vignerons de l’Union Champagne de souscrire des surfaces supplémentaires au contrat signé en 2019. Cela veut dire dans les mêmes conditions économiques ; 85 hectares sont venus compléter le contrat d’origine« . Côté investissement, le projet d’un cinquième module à Oger (près de 5, 5 millions d’euros) a été décalé. Décalé aussi de la faute à la Covid, l’invitation à la coopérative de Grauves, future partenaire de l’Union Champagne, à venir visiter les locaux.

Commerce et ventes

Evidemment lié à la Covid, l’activité commerciale est en baisse. « d’environ 20% en comparant les années civiles 2019 et 2020 Tout est fait pour maintenir les volumes de ventes mais on ne peut pas déroger à la valorisation de nos produits. Nous achetons les raisins au même prix que nos partenaires négociants, nous avons donc des prix de revient qui ne permettent pas de grosses marges de négociation. Certes, l’objectif de 1 million de bouteilles est toujours d’actualité. Nous ne sommes pas devins, mais nous ferons le maximum pour écouler nos cuvées et réjouir nos consommateurs par la qualité de nos produits » explique Dominique Babé. Pour Marc Ferté, directeur de l’Union Champagne, « nos volumes de Champagne expédiés sont en retrait de 15% par rapport à l’an dernier. Ce retard correspondant à un volume de 150 000 bouteilles. Il est principalement dû à Treasury Wines Estates. Ce groupe Australien de dimension mondiale, un des leaders dans le domaine du vin tranquille, n’a jamais réussi à lancer la marque de Champagne Mystériale que nous avons élaborée pour eux. Ils la destinaient au marché américain et asiatique. On ne s’invente pas distributeur d’une marque de champagne aussi facilement ! Leur échec pèse pour 105 000 bouteilles dans notre retard ». Petite note positive : « à noter la bonne qualité de distribution de nos vins car, alors que le volume baisse de 15%, le CA lui ne baisse que de 12% avec donc un prix moyen de ventes qui augmente de 4 %«  ».

La marque de Saint Gall, en avance en décembre 2019 de 20% en volume, a vu ses expéditions, à l’export en particulier, quasiment à l’arrêt sur le 1er semestre de 2020. Depuis, les ventes ont repris, certes pas à leur maximum, mais avec une belle diversité de distribution. À noter le bon positionnement de la cuvée  Orpale avec le lancement du millésime 2008 (lire ici)  » Nous avons vendu aujourd’hui plus que la totalité de l’exercice 2019/2020. Cette proportion de nos ventes d’Orpale dans le mix qualité nous a aidés à gagner plus de 58 centimes en PMV en le portant à 17,43 € pour l’ensemble de la gamme« .

Viticulture durable 

Au cours de cet exercice, l’accent a été mis sur la certification VDC et HVE. Marc Ferté fait ainsi le bilan :  « Notre équipe, malgré les difficultés liées à la crise sanitaire, a réussi à accompagner plus de 63 adhérents exploitant 160 ha vers ces certifications. 11,15% des kilos vendangés en 2019 et apportés à notre coopérative ont bénéficié des primes de certification. C’est encore trop peu, mais la mécanique et le savoir-faire sont maintenant acquis pour donner un réel élan à cette démarche. Autrefois souvent perçu comme une contrainte, ce projet devient prioritaire et la majeure partie des exploitants a maintenant intégré la nécessité d’être certifié. Ces premières années d’expérimentation, nous permettent aujourd’hui de développer cet accompagnement avec plus de performance et d’ambition« .

Création d’un pôle Vignes/ Vins

« Avant d’être des faiseurs de champagnes nous devons être des faiseurs de vins clairs de très haute qualité. Nous avons donc décidé de créer un pôle « Vignes/Vins. Nous devons être au Champagne ce que sont les dentelières et les petites mains de la hautecouture sans qui les défilés de mode n’auraient aucun éclat  » observe Marc Ferté. Ainsi un pôle Vignes/Vins vient d’être créé afin de regrouper dans une même entité :  « Nous ne pouvons plus imaginer que les progrès à faire dans l’un ou l’autre domaine ne se fassent pas conjointement et en total cohérence. Ce pôle Vignes/Vins doit renforcer cette collaboration déjà forte et étroite entre nos coopératives adhérentes et nos services techniques d’Avize« .


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