Il fallait oser, Louis Roederer l’a fait. Révolution ou évolution, la maison va faire disparaître son fameux Brut Premier, un brut sans année (BSA), c’est la Louis Roederer Collection qui prend la relève aujourd’hui. « En 2012, nous avons décidé d’imaginer un brut différent. Pourquoi nous enfermer dans un carcan de constance et de régularité alors nous avons des millésimes mûrs et généreux ? ». La question que se pose Jean-Baptiste Lecaillon, chef de caves de la Maison Roederer, est légitime devant la succession de belles années en Champagne, et la réponse semble être une évidence : « Il faut sortir de ce style imposé. Ne voyons pas l’assemblage comme l’objectif, mais comme la conséquence », la conséquence, c’est cette collection de vins magnifiques que possède la Maison Roederer. La fameuse figure imposée du brut sans année devient donc une figure libre avec un assemblage différent à chaque élaboration. Ainsi la Collection va remplacer l’iconique Brut Premier créé en 1986. C’est la Collection portant le numéro 242 qui va être commercialisée. Pourquoi 242 ? Simplement parce qu’il s’agit du 242 ème assemblage du Champagne Louis Roederer depuis sa création en 1776. Évidemment par la suite, il y aura un 243, 244, 245… Bien sûr, que cela soit chez les vignerons ou dans certaines maisons, la volonté d’avancer dans le travail de l’assemblage du BSA existe déjà en Champagne, mais sachant que le Brut Premier constitue près de 75 % des ventes de Louis Roederer, c’est un sacré pari.
« C’est ça la liberté ! »
« Le Brut Premier est tellement régulier que plus personne n’en parle, c’est l’une de mes grandes frustrations. Pourquoi est-ce qu’un brut multimillésimes élevé dans nos caves de différentes façons et travaillé longuement devrait être moins cher et moins bon qu’un millésime ? Collection 242 est un travail d’élevage, d’assemblage, de vieillissement avec nos meilleurs vins qui est libéré de sa figure imposée. On ne voulait pas un vin en devenir mais un vin gourmand et qui offre la fraîcheur ». Pour allier cette fraîcheur à la maturité et à la régularité, et ainsi écrire cette nouvelle histoire de la maison, Jean-Baptiste Lecaillon est parti d’une page blanche : « On a dit liberté ! Donc tout est possible. Nous avons déjà créé une énorme réserve perpétuelle en 2012, un assemblage de 50 % de pinot noir et de 50 % de chardonnay sans malo conservés dans de grandes cuves. Ainsi à la vendange 2018, lorsqu’on fait l’assemblage de cette Collection 242, j’avais un cinquième des années 2012, 2013, 2014, 2015 et 2016 dans mes cuves. C’est très puissant et représente 34 % de l’assemblage. Ces vins nous apportent de la fraîcheur et de la salinité. Ensuite nous avons ajouté des vins de réserve Roederer (environ 10 % au lieu des 6 % du Brut Premier), issus de parcellaires de jeunes vignes de Cristal, des vins de réserve plus jeunes que d’habitude, des millésimes de 2009, 2011, 2013, 2014, 2015 et 2016 élevés en foudres ».
Quant à la base, il s’agit de l’année 2017 à 56 %, là aussi le choix est audacieux, car il s’agit d’une vendange que Jean-Baptiste Lecaillon qualifie de « Fast and Furious », une vendange que certains préfèrent oublier en Champagne, sauf pour les chardonnays qui étaient très beaux. « Pour cette Collection 242, on s’est donc appuyé sur des chardonnays de la Côte des Blancs et des pinots d’Aÿ et de Cumières alors que traditionnellement, nous sommes plutôt pinots noirs. Mais la base pour nous, ce n’est plus l’année, c’est cette réserve perpétuelle, c’est ça la liberté ! ».
« Plus gourmand, plus intense, plus expressif »
En élaborant sa Collection, Jean-Baptiste Lecaillon a créé « Cœur de terroir » en 2015 : « c’est un contrat Roederer particulier avec nos partenaires. Un contrat pour obtenir des raisins impeccables. Je ne veux plus acheter du raisin de Merfy ou de Villedommanges, je veux acheter des parcelles. Le travail de Grégoire Fauconnet, qui était notre responsable de cuverie, est de passer des contrats sur des parcelles entières. Il s’y rend au printemps, l’été et à la veille de la vendange. On fait des suivis parcellaires comme si c’était nos vignes. Chaque raisin qui arrive sur le pressoir est observé par un collaborateur de l’équipe de Roederer. Un multimillésime du 21e siècle, c’est également une traçabilité parfaite du raisin et une maîtrise de la vigne avec les vignerons ».
Pour Jean-Baptiste Lecaillon, « Quitter le Brut Premier et élaborer le Collection, c’est concevoir le multimillésime du 21 siècle. Avec cette cuvée, nous nous adressons à une population plus large et peut-être plus jeune. Il faut donc que le vin soit plus gourmand, plus intense, plus expressif plus rapidement que n’était le Brut Premier ». La gageure a été tenue. Faut-il le dire et le redire, la force du champagne se trouve dans la merveilleuse capacité intrinsèque des vins à vieillir. Preuve en est avec la cuvée Collection 242. La fraîcheur est là avec ses complices la maturité, le fruit, l’arôme, la matière, et bien sûr une très belle longueur en fin de bouche. Une boule à facettes de sensations salines et riches, du velours, du lumineux et du goût. Voilà ce que devrait être un champagne !
« Quand j’ai pris mes fonctions ici, Jean-Claude Rouzaud m’avait demandé ma feuille de route. Pour Cristal, je voulais de la haute couture dans le vignoble, du cousu main. Puis dans les chais, j’ai souhaité un retour au bois et un travail dans les vins en profondeur. Ça a tellement bien marché que tout est parti sur les millésimes et sur Cristal laissant un peu le Brut Premier en retrait. Aujourd’hui avec Collection, j’ai bouclé la boucle ». Les gens buvaient du Roederer Brut Premier, ils boiront du Collection.
Prix indicatif : environ 50 euros






